Drame du couple qui radiographie surtout la psyché désordonnée d’une femme, Loveable est un premier film très bien écrit et interprété par une actrice formidable. Une belle découverte.
Synopsis : Maria et Sigmund se croisent de fête en fête avant de se rendre à l’évidence : ils sont faits l’un pour l’autre ! Une passion fusionnelle et quelques années plus tard, Maria jongle désormais entre une vie domestique avec quatre enfants et une carrière exigeante. Sigmund, lui, voyage de plus en plus pour son travail mais un soir, il annonce qu’il veut divorcer…
Six ans de gestation pour un premier film
Critique : Cinéaste norvégienne qui a tourné une douzaine de courts métrages depuis une vingtaine d’années, Lilja Ingolfsdottir est également enseignante en cinéma à la Norwegian Film School. Malgré ses nombreux prix glanés dans divers festivals, elle a éprouvé toutes les peines du monde à financer son premier film intitulé Loveable (2024). En fait, il s’est écoulé près de six ans entre l’écriture du scénario et la réalisation effective de l’œuvre.

© 2024 Amarcord, Creative Europe Media, Nordisk Film Production, Norsk Filminstitutt (NFI), Oslo Filmfond, Talent Norge, Tom Wilhelmsens Stiftelse / Photographie : Øystein Mamen. Tous droits réservés.
Cette difficulté à monter le projet a offert à la réalisatrice la possibilité de revoir sa copie, d’approfondir la psychologie des personnages et de trouver les acteurs adéquats pour interpréter le couple au centre de ce drame conjugal et féministe. Effectivement, la réalisatrice tenait à trouver des comédiens peu connus du grand public norvégien afin que le naturalisme de sa mise en scène puisse fonctionner à plein. Si elle a rapidement jeté son dévolu sur la comédienne de théâtre Helga Guren, elle a mis plus de temps à trouver Oddgeir Thune qui était plutôt habitué aux seconds rôles dans des séries télévisées.
Quand le quotidien vient à bout de la passion
En faisant travailler les deux comédiens ensemble en attente du financement, elle a ainsi pu rendre le couple parfaitement crédible à l’écran. Car dès les premiers instants du film, il fallait que le spectateur tombe sous le charme de ce couple recomposé qui vit des instants merveilleux lors de leur rencontre. Pour cela, Lilja Ingolfsdottir fait exprès d’avoir recours à des clichés romantiques pour décrire une relation apparemment placée sous le sceau de l’idéalisation. Après tout, ces premières scènes sont racontées en voix off par Maria qui idéalise totalement sa relation avec Sigmund.
Pourtant, assez rapidement, le spectateur est invité à retrouver les protagonistes après sept ans de vie commune. Cette étape bien connue des couples est souvent marquée par une lassitude, la fin de la passion amoureuse et surtout la primauté des contraintes du quotidien. C’est ce que s’emploie à décrire la réalisatrice qui insiste notamment sur la charge mentale qui pèse sur les femmes, contraintes de travailler, de séduire leur époux, mais aussi de gérer le foyer et l’éducation des enfants.
S’accepter et s’aimer soi-même pour pouvoir s’ouvrir aux autres
Malgré des progrès évidents par rapport au milieu du siècle précédent, la situation des femmes demeure perfectible. Loveable place donc le spectateur à un moment compliqué de la vie du couple, lorsque Maria commence à reprocher ses absences à Sigmund, alors que celui-ci ne fait que travailler pour ramener de l’argent au foyer. Son agressivité semble tout à fait justifiée puisque nous ne disposons ici que du point de vue de Maria. Le métrage ne serait d’ailleurs absolument pas intéressant si la réalisatrice s’était contentée d’un constat sociologique purement féministe.
En acceptant de se rendre chez une psychologue pour couples, Maria va petit à petit prendre conscience que celui qu’elle accuse d’être à l’origine de leur mal-être n’est peut-être pas le seul responsable de cette situation. Dès ce moment, Loveable prend une tournure plus inattendue, et donc forcément plus enthousiasmante, puisque Maria va prendre conscience de son propre mal-être qu’elle traine depuis son enfance à cause de sa mère et qu’elle est en train de transmettre à sa propre fille. A partir de là, Sigmund n’apparaît plus comme un monstre d’égoïsme, mais comme un homme amoureux qui est sans cesse éconduit par une femme incapable de s’ouvrir à l’amour de l’autre.
Des séquences psychologiques intenses
Durant ce drame psychologique intense, Lilja Ingolfsdottir signe plusieurs scènes superbes et marquantes lorsque la quadragénaire se rend compte de son attitude et des réactions épidermiques qu’elle provoque, uniquement parce qu’elle ne s’aime pas suffisamment et qu’elle le fait payer à son entourage. La séquence de prise de conscience dans le cabinet de la psy est mémorable par son intensité émotionnelle, mais l’on adore aussi la confrontation avec la mère implacable, ainsi que toutes les scènes où Maria apprend petit à petit à s’accepter telle qu’elle est.

© 2024 Amarcord, Creative Europe Media, Nordisk Film Production, Norsk Filminstitutt (NFI), Oslo Filmfond, Talent Norge, Tom Wilhelmsens Stiftelse / Photographie : Øystein Mamen. Tous droits réservés.
Pour cela, Lilja Ingolfsdottir s’est servie d’une bande sonore très étudiée qui se clôture avec la magnifique chanson Mountaineers de Susanne Sundfør et John Grant arrivant à un moment d’émotion particulièrement intense. Réalisé de manière très réaliste, Loveable n’est pas exempt de moments plus poétiques, se terminant notamment par une scène ambiguë qui laisse le spectateur décider de la destinée de ce couple en perdition.
Helga Guren, actrice formidable et multi-primée pour ce rôle
Bien entendu, l’ensemble ne serait pas aussi prenant sans l’interprétation magistrale d’Helga Guren qui crève l’écran et parvient à rendre attachant un personnage pourtant à la lisière de la folie et de la dépression. Sans elle, le film ne serait pas aussi poignant. D’ailleurs, les membres du jury du Festival de Karlovy Vary (en République Tchèque) ne s’y sont pas trompés en décernant à l’actrice le Prix de la meilleure interprète féminine, ainsi que le Prix spécial du jury.
Les prix furent d’ailleurs identiques lors du Festival européen des Arcs, toujours en 2024. Enfin, le film a cartonné lors de la cérémonie des Amanda 2025 (équivalent norvégien des César) avec les prix du meilleur film, meilleure réalisatrice, meilleure scénariste et meilleure actrice.
Box-office français de Loveable
Finalement, Loveable est sorti en France grâce au distributeur indépendant Jour2fête à partir du 18 juin 2025 sur une combinaison de 101 salles d’art et essai. Le drame a séduit 12 350 cinéphiles en première instance, puis s’est maintenu superbement en deuxième semaine avec 10 026 féministes supplémentaires. C’est donc lors de la troisième semaine que le long métrage perd plus de 50 % de ses entrées avec 4 242 retardataires. Finalement, Loveable termine sa carrière au début du mois d’août avec 31 127 entrées à son compteur, échouant à être le sleeper de l’été comme espéré par son distributeur.
Désormais, le film est disponible en VOD et uniquement en DVD. Il constitue assurément une bonne surprise sur un sujet apparemment rebattu, mais traité avec une réelle sensibilité artistique.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 18 juin 2025
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Lilja Ingolfsdottir, Helga Guren, Oddgeir Thune
Mots clés
Cinéma norvégien, Drame psychologique, Film sur le couple, Film féministe, Premier film