D’un intérêt historique majeur, ce documentaire nous plonge au cœur du procès des membres de l’ANC qui luttaient contre l’apartheid grâce à une archive sonore exclusive. Intéressant de bout en bout.
Synopsis : L’histoire de la lutte contre l’apartheid ne retient qu’un seul homme : Nelson Mandela. Il aurait eu cent ans cette année. Il s’est révélé au cours d’un procès historique en 1963 et 1964. Sur le banc des accusés, huit de ses camarades de lutte risquaient aussi la peine de mort. Face à un procureur zélé, ils décident ensemble de transformer leur procès en tribune contre l’apartheid. Les archives sonores des audiences, récemment exhumées, permettent de revivre au plus près ce bras de fer.
Critique : Au cours de l’été 2016, Nicolas Champeaux, grand reporter à la radio, met la main sur l’intégralité des 256 heures d’enregistrement sonore du procès de Rivonia (1963-1964) qui a entraîné la condamnation à la prison à perpétuité de Nelson Mandela et de huit autres accusés. Le document, exceptionnel par sa durée et son intérêt historique, était alors en cours de numérisation afin de passer à la postérité. Souhaitant en faire un film, Nicolas Champeaux s’est adjoint les services du réalisateur Gilles Porte qui est connu pour avoir secondé Yolande Moreau sur son long-métrage Quand la mer monte (2004).
Le défi était non seulement de tourner un documentaire ayant pour source principale du son, mais aussi de tenter de retrouver les autres accusés et de les confronter avec ces archives sonores. Les deux compères, tous deux motivés par le projet, se sont envolés dès le début 2017 vers l’Afrique du Sud où ils sont parvenus à interroger tous les survivants de ce procès mémorable. Entre-temps, nombre d’entre eux sont décédés, dont l’épouse de Nelson Mandela, la charismatique Winnie. Le documentaire se dote donc d’un double intérêt historique en exhumant des archives sonores inédites, mais aussi en interrogeant des acteurs privilégiés de ce procès, juste avant leur décès.
Autant dire que la parole est au centre du dispositif des réalisateurs, même si l’image n’a pas été négligée grâce à l’ajout de passages animés signés Oerd. Puisque le procès en question n’a pas été filmé, les réalisateurs ont recours à une série de passages animés en noir et blanc, à la fois beaux sur le plan esthétique et suffisamment discrets pour ne pas troubler le spectateur dans son écoute des archives. L’équilibre entre archive, témoignages et dessin-animé est particulièrement bien dosé, au point de faire oublier l’artificialité du procédé.

© 2018 UFO Production – Rouge International – ARTE France Cinéma – Ina – Korokoro – Cofilebo – Orange Studio. Photo Gilles Porte. Tous droits réservés.
Le résultat est donc particulièrement enthousiasmant car il permet de remettre en lumière le rôle fondamental des compagnons de route de Mandela qui fut désigné comme porte-parole du groupe uniquement pour ses capacités oratoires.
Le documentaire nous informe ainsi du fait que lors de ce procès, des Blancs, des Noirs et même un Indien ont été condamnés pour avoir osé défier le système raciste de l’apartheid. Loin de minorer le rôle fondamental tenu par Mandela, le long-métrage permet surtout d’insister sur la notion de lutte collective, là où le grand public a surtout retenu l’histoire d’un homme seul contre tous.
Autre élément particulièrement émouvant, les anciens accusés se retrouvent confrontés face caméra aux enregistrements de l’époque, comme si cette partie dramatique de leur vie était fixée à jamais pour la postérité. Leur émotion sincère se lit sur leurs visages, créant une empathie immédiate envers ces combattants de la liberté. Leurs retrouvailles pour un dîner commun en toute fin de film résonnent aussi du poids du temps qui passe puisque la plupart sont aujourd’hui décédés. Il s’agit donc d’un film d’histoire très fort, qui parvient à créer un lien entre les membres de l’ANC (Congrès national africain) et le spectateur et qui nous rappelle, au passage, les horreurs d’un système entièrement fondé sur l’exclusion raciale. A l’heure du retour des populistes de tous poils en Europe, il est bon d’opérer une piqûre de rappel de temps à autre.

© 2018 UFO Production – Rouge International – ARTE France Cinéma – Ina – Korokoro – Cofilebo – Orange Studio. DVD © 2019 ARTE France Développement. Tous droits réservés.
Compléments & packaging : 4/5
Si le boitier DVD est classique, il est tout de même placé dans un fourreau agréable au toucher. A l’intérieur, un petit livret informatif est fourni, abordant notamment le contexte historique. Sur la galette elle-même, on dispose de près d’une heure et vingt minutes de bonus dont un entretien supplémentaire avec Winnie Mandela (qui est donc son ultime intervention avant son décès), mais aussi un entretien passionnant avec les deux réalisateurs qui expliquent leur démarche et leur volonté de remettre en exergue le destin des compagnons de route de Mandela. Un petit document se centre sur les questions posées par des élèves sud-africains lors de la présentation du film devant des classes. Enfin, l’éditeur fournit deux reportages audio de Nicolas Champeaux pour RFI sur la libération de Mandela et sur l’image de celui-ci. Le dessinateur du film est également mis à l’honneur à travers un court-métrage animé de 4min dans un style radicalement différent de celui du film – plutôt expérimental ici.
L’image : 4/5
Rien à redire de particulier puisque l’image est variable en fonction des sources utilisées. Les images d’archives sont nécessairement plus abîmées, tandis que les entretiens récents sont parfaitement définis. Les passages animés bénéficient d’un joli noir et blanc et d’une belle fluidité d’ensemble. Du bon travail.
Le son : 4/5
L’éditeur nous propose une unique piste sonore en anglais 5.1 sous-titrée en français, ce qui est logique puisque l’archive sonore au centre du dispositif est anglophone. Le son est clair et sans anicroche. La musique vient réveiller de temps à autre le caisson de basses.
Critique du film et test DVD : Virgile Dumez

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