Sylvie fut l’un des seconds rôles les plus familiers du cinéma français en noir et blanc. Elle a tourné avec Duvivier, Clouzot ou Carné, avant d’incarner le rôle-titre de La vieille dame indigne pour René Allio.
D’André Antoine à Clouzot et Grémillon
Née Louise Mainguené, Sylvie est formée au Conservatoire. Elle débute en 1903 au théâtre, et se produira sur scène jusqu’en 1959, collaborant avec André Antoine, Firmin Gémier, Jean-Pierre Grenier et autres pointures des planches. Sylvie aborde le cinéma en 1912 et se voit dirigée par Albert Capellani, André Antoine ou Jacques de Baroncelli. Mais c’est le parlant qui la révèle vraiment au public, faisant d’elle l’un des plus populaires seconds rôles pendant plus de trente ans. Avec ses yeux clairs perçants et sa voix sèche, elle devient spécialiste des personnages de femme inquiétante ou malveillante. Sœur d’usurière dans Crime et châtiment (1935) de Pierre Chenal, elle est la maîtresse du médecin douteux dans Carnet de bal (1937) de Julien Duvivier, qui en fait une comédienne aigrie dans La fin du jour (1939).
Sous l’Occupation, on la remarque en mère de Bernard Blier dans Marie-Martine (1942) d’Albert Valentin et de Roger Blin dans Le corbeau (1943) de Henri-Georges Clouzot : le cinéaste en fait l’emblème de la vengeance. La même année, elle incarne la prieure dans Les anges du péché (1943) de Robert Bresson, aux côtés de Renée Faure, Jany Holt et Mila Parély. L’après-guerre voit Sylvie toujours autoritaire, baronne dans Pour une nuit d’amour (1947) d’Edmond T. Gréville, ou mère de Michel Bouquet dans Pattes blanches (1949) de Jean Grémillon.
Sylvie, le second rôle très digne du cinéma français
On la retrouve en institutrice dans Le petit monde Don Camillo (1951) de Duvivier. Mais ce sont bien les emplois de mère autoritaire qui deviennent récurrents : de Simone Signoret dans Thérèse Raquin (1953) de Marcel Carné, ou de Bourvil dans Le miroir à deux faces (1958) d’André Cayatte. Sylvie est également sollicitée dans des coproductions franco-italiennes, Euryclée dans Ulysse (1954) de Mario Camerini, mère de Michel Strogoff (1956) pour Carmine Gallone, ou grand-mère de Mastroianni dans Journal intime (1962) de Valerio Zurlini.
Sylvie accède enfin à un premier rôle avec La vieille dame indigne (1965), le chef-d’œuvre de René Allio, d’après une nouvelle de Bertold Brecht. Son interprétation tout en retenue d’une veuve décidée à profiter de ses vieux jours lui vaut le prix de la meilleure actrice décernée par la National Society of Film Critics. C’est le dernier film de Sylvie qui se tourne ensuite vers la télévision (Belphégor ou le Fantôme du Louvre) avant de se retirer en 1968. Sylvie est décédée le 5 janvier 1970 à l’âge de 87 ans.