Promesse hollywoodienne des années 40, Farley Granger connaîtra une carrière moins remarquable que prévu malgré des rôles marquants chez Alfred Hitchcock, Nicholas Ray et Luchino Visconti.
Acteur dès l’âge de 18 ans grâce au producteur Samuel Goldwyn, Farley Granger enchaîne deux longs de Lewis Milestone, L’Etoile du Nord (1943) et Prisonnier de Satan (1944), et s’engage dans la Marine
Il trouve l’un de ses meilleurs rôles en 1948 dans le classique d’Alfred Hitchcock, La corde, avec James Stewart. Le réalisateur l’embauchera une seconde fois dans L’inconnu du Nord Express où il lui accorde cette fois-ci le premier rôle. Hitchcock exploitait l’ambiguïté sexuelle de l’acteur bisexuel, en inoculant des thématiques homoérotiques à une époque où l’homosexualité ne pouvait jamais être formulée explicitement de par les règles de censure du code Hays.
Beaucoup des grands rôles qui devaient propulser le jeune Farley Granger seront accueillis froidement par le public. Le romantique tourmenté, toujours dans l’ambiguïté, connaît des échecs personnels comme Les amants de la nuit de Nicholas Ray (1948) qu’Howard Hugues laissa dormir pendant deux ans lors de son rachat de la RKO, Vous qui avez 20 ans et Roseanna McCoy, tous deux signés d’Irving Reis (1948, 1949).
Ses oppositions répétées à Samuel Goldwyn, avec lequel il est sous contrat, le conduisent à racheter son contrat en 1953, ce qui le placera en grande difficulté financière. Pour ces raisons, il accepte de tourner pour Luchino Visconti dans Senso (1954) qui deviendra son film préféré dans sa filmographie. Il s’agit aussi de son premier rôle en Europe où il passera de nombreuses années à cachetonner dans des films de séries B dans les années 70, notamment dans des westerns (On l’appelle Trinita) et des thrillers (La lame infernale). En 1973, il incorpore le casting du thriller politique Le Serpent d’Henri Verneuil.
Déçu par Hollywood où il ne s’intégrera jamais au studio system, Farley Granger essaie dans les années 50 et 60 de trouver une rédemption artistique au théâtre, mais en vain. Outre son travail alimentaire en Italie, il devra se tourner vers la télévision pour vivre et tourne notamment dans le soap As the World Turns, jusqu’à prendre sa retraite au début des années 90.
Bisexuel assumé, l’acteur a connu des relations passionnées avec les actrices Shelley Winters et Janice Rule, mais il évoque aussi ses relations avec Leonard Bernstein, le dramaturge Arthur Laurents, et surtout le producteur Robert Calhoun, avec lequel il vivra de 1963 jusqu’à sa mort en 2008. Granger décèdera trois ans plus tard, en 2011, à l’âge de 85 ans. Son décès n’aura pas l’écho qu’il méritait : le monde pleurait alors Elizabeth Taylor, disparue depuis cinq jours.
Ils nous ont quittés en 2011
Filmographie de Farley Granger
(Acteur, longs métrages)
- 1943 : L’Étoile du Nord (The North Star) de Lewis Milestone
- 1944 : Prisonniers de Satan (The Purple Heart) de Lewis Milestone
- 1948 : La Corde (Rope) d’Alfred Hitchcock
- 1948 : Vous qui avez vingt ans (Enchantment) d’Irving Reis
- 1949 : Roseanna McCoy d’Irving Reis et Nicholas Ray
- 1949 : Les Amants de la nuit (They Live by Night) de Nicholas Ray
- 1950 : La Rue de la mort (Side Street) d’Anthony Mann
- 1950 : Celle de nulle part (Our Very Own) de David Miller
- 1950 : La Marche à l’enfer (Edge of Doom) de Mark Robson
- 1951 : L’Inconnu du Nord-Express (Strangers on a Train) d’Alfred Hitchcock
- 1951 : Symphonie en 6.35 (Behave Yourself!) de George Beck
- 1951 : Face à l’orage (I Want You) de Mark Robson
- 1952 : La Sarabande des pantins (O. Henry’s Full House) de Henry King
- 1953 : Le Joyeux Prisonnier (Small Town Girl) de László Kardos
- 1953 : Hans Christian Andersen et la Danseuse (Hans Christian Andersen) de Charles Vidor
- 1953 : Histoire de trois amours (The Story of Three Loves) de Vincente Minnelli et Gottfried Reinhardt
- 1954 : Senso de Luchino Visconti
- 1955 : The Naked Street de Maxwell Shane
- 1955 : La Fille sur la balançoire (The Girl in the Red Velvet Swing) de Richard Fleischer
- 1968 : Rogues’ Gallery de Leonard Horn
- 1970 : Guerilla Strike Force (Maharlika) de Jerry Hopper
- 1970 : Quelque chose rampe dans la nuit (Qualcosa striscia nel buio) de Mario Colucci
- 1970 : On l’appelle Trinita (Lo chiamavano Trinità) d’Enzo Barboni
- 1972 : À la recherche du plaisir (Alla ricerca du plaisir) de Silvio Amadio
- 1972 : La Peur au ventre (Rivelazioni di un maniaco sessuale al capo della squadra mobile) de Roberto Bianchi Montero
- 1973 : La Peau qui brûle (La rossa della pelle che scotta) de Renzo Russo
- 1973 : Le Serpent (Night Flight from Moscow) d’Henri Verneuil
- 1973 : Les Colts au soleil (Lo chiamavano mezzogiorno) de Peter Collinson
- 1973 : Amore mio, uccidimi ! de Franco Prosperi
- 1973 : Arnold de Georg Fenady
- 1974 : La Lame infernale (Polizia chiede aiuto) de Massimo Dallamano
- 1974 : La Mort lente (La moglie giovane) de Giovanni D’Eramo
- 1977 : Pianeta Venere de Elda Tattoli
- 1981 : Rosemary’s Killer (The Prowler) de Joseph Zito
- 1984 : Death Mask de Richard Friedman
- 1986 : Very Close Quarters de Vladimir Rif
- 1986 : Image mortelle (The Imagemaker) d’Hal Weiner
- 2001 : The Next Best Thing de P.J. Posner

Affiche : Alain Baron. © 1954 StudioCanal, Cristaldifilm. Tous droits réservés.