Annabella fut une star européenne des années 30, et l’une des rares vedettes françaises à avoir fait carrière à Hollywood. Elle a trouvé ses meilleurs rôles avec René Clair et Henry Hathaway.
D’Abel Gance à aux chefs-d’œuvre de René Clair
Née Suzanne Charpentier, Annabella débute au cinéma à l’âge de dix-neuf ans, dans Napoléon (1927) d’Abel Gance, dans lequel elle joue une ingénue, amoureuse du futur empereur. Elle brille ensuite dans les derniers feux du cinéma muet, avec Maldonne (1928) de Jean Grémillon. L’arrivée du parlant fait d’elle l’une des premières stars européennes, et la vedette française la plus populaire des années 30, jusqu’à l’arrivée de Danielle Darrieux. Elle participe notamment aux versions françaises de films destinés à plusieurs marchés, tels Autour d’une enquête (1931) de Robert Siodmak (production franco-allemande), Marie, légende hongroise (1932), drame franco-hongrois de Paul Fejos, ou Caravane (1934) d’Erik Charell, musical franco-austro-américain, au côté de Charles Boyer. Princesse ou servante, Annabella est souvent vouée aux rôles exotiques ou aux héroïnes de mélodrame.
Partenaire d’Albert Préjean dans Un soir de rafle (1931) de Carmine Gallone, de Jean Murat (son premier époux) dans Paris-Méditerranée (1932) de Joe May, ou de Harry Baur dans Les nuits moscovites (1934) d’Alexis Gronowsky, elle assure à elle seule le succès de ces films. C’est toutefois René Clair qui va donner à Annabella ses rôles les plus célèbres : la danseuse étoile dans Le Million (1931) et la jeune fleuriste de Quatorze juillet (1933) deux chefs-d’œuvre qui l’immortaliseront dans les cinémathèques, même si la cote du cinéaste n’est plus aujourd’hui celle qu’elle était de son vivant.
Annabella, une star française à Hollywood
La seconde moitié des années 30 confirme le succès d’Annabella. L’année 1935 lui est particulièrement favorable. Épouse infidèle de Charles Vanel dans L’équipage d’Anatole Litvak, elle interprète la Berbère dont s’éprend Gabin dans La bandera de Julien Duvivier, et gagne le prix d’interprétation féminine au Festival de Venise pour Veille d’armes (1935) Marcel L’Herbier. Réclamée par les studios britanniques et Hollywood, Annabella y tourne ensuite quatre films, dont la comédie romantique La baronne et son valet (1938) de Walter Lang, avec William Powell. De retour en France pour honorer un contrat, elle est la tête d’affiche d’Hôtel du Nord (1938) de Marcel Carné, dans le rôle de Renée, la jeune femme suicidaire, un emploi qu’elle avait déjà tenu dans Gardez le sourire (1933) de Paul Fejos. Mais le couple (un brin fade) qu’elle forme avec Jean-Pierre Aumont est éclipsé par les personnages d’Arletty et de Louis Jouvet, avec la complicité du réalisateur et du scénariste Jeanson. C’est le début du désamour entre Annabella et le cinéma français.
Elle revient à Hollywood, épouse la star Tyrone Power (dont elle divorcera en 1949), et tourne cinq métrages, du film d’aventures Suez (1938) d’Alan Dwan au film de guerre 13, rue Madeleine (1947) de Henry Hathaway, avec James Cagney et Richard Conte. On la voit aussi sur la scène newyorkaise en 1946, dans une adaptation américaine de Huis clos de Jean-Paul Sartre. Mais à l’instar de sa compatriote Simone Simon, Annabella ne s’adapte pas au système des studios américain. Préférant revenir en France, elle y fait son come-back en 1948 avec le mélodrame Éternel conflit (1948) de Georges Lampin, qui ne trouve pas son public, de même que Dernier amour (1949) de Jean Stelli et L’homme qui revient de loin (1950) de Jean Castaner. Sans doute Annabella était-t-elle désormais perçue comme l’actrice d’une autre époque. Après quelques productions tournées en Espagne, elle met un terme à sa carrière en 1954.