Acteur, danseur, chanteur, réalisateur, producteur, scénariste et chorégraphe américain, Gene Kelly est né à Pittsburgh en 1912. Le jeune garçon est poussé dès ses huit ans sur la scène par sa mère qui est passionnée par la danse. Toutefois, Gene Kelly est avant tout adepte du sport et notamment de gymnastique, de football américain et de natation. Cette pratique quotidienne d’activités physiques intenses le prépare en réalité à sa future carrière de danseur, sans qu’il en prenne conscience.
Gene Kelly, un danseur en route pour Broadway
Finalement, sa mère a le dernier mot et elle monte avec ses deux fils, Gene et son frère Fred, un duo nommé les Kelly Brothers. En 1932, toute la famille Kelly s’installe à son compte avec un atelier de danse où Gene Kelly devient un professeur, tout en poursuivant son duo fraternel. C’est finalement en 1938 que Gene Kelly décide de quitter tardivement le giron familial pour se rendre à Broadway. Le jeune homme aborde quasiment la trentaine, soit un âge avancé pour un danseur qui souhaite percer.
En 1940, il décroche le rôle de Pal Joey qui triomphe sur la célèbre avenue new-yorkaise et Gene Kelly est repéré par David O. Selznick qui lui fait signer un contrat avec sa compagnie indépendante. Toutefois, ce deal sera ensuite racheté par la MGM. Dès 1942, Gene Kelly apparaît dans des comédies musicales comme Pour moi et ma mie (Busby Berkeley, 1942) avec la grande Judy Garland. De beaux débuts qui ne l’empêchent pas de multiplier les seconds rôles durant quelques années.
Le comédien met toutefois son expérience de danseur en devenant également chorégraphe pour les films dans lesquels il apparaît, notamment pour La reine de Broadway (Charles Vidor, 1944) qu’il joue au côté de Rita Hayworth. Peu avant, on avait pu apprécier son talent d’acteur dramatique dans l’excellent film de guerre La croix de Lorraine (Tay Garnett, 1943).
La période des chefs d’œuvre de la comédie musicale
Toutefois, la révélation mondiale intervient surtout avec Escale à Hollywood (Stanley Donen, 1945) où Gene Kelly signe des chorégraphies novatrices qui bouleversent durablement le monde de la danse sur grand écran. Le film contient d’ailleurs une scène mythique où le danseur échange quelques pas avec la souris Jerry dans un mélange audacieux de prise de vues réelles et d’animation. Le métrage est un gros carton aux States et séduit 1,7 million de spectateurs français lors de sa sortie en 1948. Gene Kelly est également nominé aux Oscars dans la catégorie du meilleur acteur.

© 1948 Metro-Goldwyn-Mayer (MGM). AllRights Reserved.
Son ascension est interrompue par sa volonté de participer à l’effort de guerre et son engagement dans la Navy de 1944 à 1946. Finalement, il effectue un retour en force en 1948 avec Le pirate (Vincente Minnelli, 1948), mais on le préfère encore dans le film d’aventures Les Trois Mousquetaires (George Sidney, 1948), un pur chef d’œuvre où il incarne un D’Artagnan bondissant. Le métrage triomphe même en France où il attire 4,2 millions de spectateurs. L’année suivante, Gene Kelly monte une comédie musicale sur le base-ball intitulée Match d’amour (Busby Berkeley, 1949). Une fois de plus, il en règle tous les numéros musicaux et prend de plus en plus de plaisir à donner ses instructions aux danseurs.
Pas étonnant donc de le voir codiriger avec Stanley Donen la comédie musicale Un jour à New York (1949). Le film obtient l’Oscar de la meilleure musique et cartonne en salles, confirmant le statut de star de l’acteur. La France, moins friande de spectacles musicaux, reste en retrait avec tout de même 982 484 amateurs de ballet.

© 1951 Metro-Goldwyn-Mayer (MGM) / Affiche : Roger Soubie. Tous droits réservés.
Au sommet de sa carrière, Gene Kelly tourne ensuite plusieurs films destinés à devenir des grands classiques de l’âge d’or hollywoodien. On citera bien évidemment Un Américain à Paris (Vincente Minelli, 1951) qui glane six Oscars dont celui du meilleur film (et plus de trois millions de spectateurs français). Enfin, l’année 1952 est celle de la sortie événement de Chantons sous la pluie, nouvelle coréalisation avec Stanley Donen. Film de tous les superlatifs, le chef d’œuvre n’obtient pourtant pas d’Oscar. Il se hisse à la 5ème place du box-office annuel aux Etats-Unis. En France, ils sont exactement 2 millions à se mouiller.
Le déclin du milieu des années 50
Désormais au top des stars mondiales, Gene Kelly peut prendre son temps pour choisir ses projets. Il revient en 1954 avec Brigadoon (Vincente Minnelli, 1954) qui est une moindre réussite, aussi bien sur le plan artistique que commercial. L’année suivante, il parvient à retrouver de sa superbe avec Beau fixe sur New York (1955) qu’il codirige avec Stanley Donen. Malheureusement, la vogue de la comédie musicale est passée et le long métrage s’avère un très gros échec financier pour la MGM. Le film signe donc la fin de la période glorieuse d’un acteur désormais démodé, d’autant que cela met à mal son amitié avec Stanley Donen. Les deux artistes ne se parlent plus après cet échec.

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Par la suite, il participe à la réalisation d’Invitation à la danse (1956), film omnibus, puis tente de se diversifier en réalisant tout seul la comédie La route joyeuse (1957). Il s’agit d’une nouvelle déception qui confirme le déclin de la star au box-office mondial. Gene Kelly s’accroche à la comédie musicale avec Les Girls (George Cukor, 1957), mais se fâche également avec le studio MGM qui a fait sa gloire. Dès lors, il tente de se diversifier en abordant le drame avec La fureur d’aimer (Irving Rapper, 1958) et le biopic historique avec Procès de singe (Stanley Kramer, 1960). Il réalise aussi durant cette période d’incertitude la comédie romantique Le père malgré lui (1958) et Gigot, le clochard de Belleville (1962).
Le temps des échecs commerciaux successifs
Conscient d’être une étoile pâlissante, Gene Kelly se réfugie pendant quelques années à la télévision, mais là encore, la série à laquelle il participe s’arrête faute d’audience. Durant les années 60, on ne le retrouve que dans Madame croque-maris (J. Lee Thompson, 1964) et surtout Les demoiselles de Rochefort (Jacques Demy, 1967). La même année, il retrouve le chemin des plateaux en tant que réalisateur avec la comédie Petit Guide pour mari volage (1967) mené par Walter Matthau.

© 1980. Universal Pictures
Il enchaîne avec la comédie musicale Hello Dolly ! (1969) qui devait profiter de la présence de Barbra Streisand pour cartonner. Mais là encore, cette réalisation de Gene Kelly est un échec commercial, même si le métrage reçoit trois Oscars techniques. Arrivé à la 5ème place du box-office annuel aux Etats-Unis, le budget astronomique de cette comédie musicale en a fait une grosse déception sur le plan financier. Le cinéaste se lance aussitôt dans la réalisation du western Attaque au Cheyenne Club (1970) avec James Stewart et Henry Fonda. Nouvel échec qui pousse Gene Kelly à une simili-retraite puisqu’il ne tournera plus comme réalisateur que le documentaire Hollywood… Hollywood ! (1976).
Une fin de carrière anodine
En tant qu’acteur, Gene Kelly accepte désormais des seconds rôles honorifiques dans Le casse-cou (Gordon Douglas, 1977), Xanadu (Robert Greenwald, 1980) où il donne la réplique à Olivia Newton-John, puis il termine sa carrière à la télévision avec un rôle dans la mini-série événement Nord et Sud. Retiré du métier dans les années 90, Gene Kelly subit plusieurs attaques cardiaques qui le laissent affaibli.
Il décède en 1996 à l’âge de 83 ans et demeurera dans la mémoire collective comme l’un des grands noms de l’âge d’or hollywoodien et un grand rénovateur de la comédie musicale durant les dix ans qui encadrent Escale à New York (1945) et Beau fixe sur New York (1955).