Les Oscars 2020 ont délivré 4 statuettes à Bong Joon-ho et son Parasite, comme pour se faire pardonner du manque de diversité de ses nominations. Nous parlerons de notre côté du manque d’audace.

Oscars 2020 : Parasite. Et de quatre. Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur scénario original et Meilleur film international. Bong Joon-ho est l’heureux gagnant de la soirée pour le film phénomène Parasite, et le seul a vraiment pu répondre au désir d’audace des cinéphiles. Toutefois, on peut de se demander comment une œuvre peut remporter à la fois le Prix du Meilleur film et celui du Meilleur film en langue étrangère (même rebaptisé Meilleur Film international). Le concept est curieux, comme si l’Oscar du meilleur film se situait, jusqu’ici, de facto, au-dessus de la production mondiale.

Oscars 2020 : Parasite est le grand gagnant
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Oscar 2020 : Parasite ébranle le concept suranné de l’Oscar du Meilleur film

Doit-on interdire à un film d’être présent dans les deux catégories à la fois pour donner du sens et de la lisibilité au palmarès, puisque visiblement l’Académie des Oscars considère les nommés dans la Catégorie du Meilleur film supérieurs à ceux de la catégorie langue étrangère… Doit-on reformuler l’intitulé des Prix ? Le Meilleur film deviendrait effectivement le Meilleur film en langue anglaise, car à vrai dire, en y réfléchissant bien, c’est bien le peu de nommés étrangers dans la catégorie Meilleur film qui peut pour le coup sembler xénophobe, car non, le cinéma américain n’est pas supérieur à la production internationale. Et on se demande donc, pourquoi il a fallu attendre 2020 et Parasite pour qu’une œuvre non-anglophone puisse recevoir le prix ultime.

Renée Zellweger dans Judy, affiche
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Star-system chez les acteurs

Les acteurs les plus surbuzzés lors des cérémonies de mise en bouche (BAFTA, Golden Globes), Renée Zellweger pour Judy et Joaquin Phoenix pour Joker, ont reçu les prix d’interprétation qu’ils devaient obtenir, même si on peut chipoter devant le manque de retenu des deux comédiens dans ces rôles : ils en font quand même des tonnes…

Marriage Story : affiche du film de Noah Baumbach
© Netflix, Heydey Films

Dans les Meilleurs seconds rôles, Brad Pitt a été élu Meilleur acteur, davantage pour le capital de sympathie autour d’une star dont les rôles n’ont jamais été exceptionnels, mais qui méritait bien en tant qu’icône de recevoir un jour une statuette. Pour notre part, nous dirons que le beau Brad était surtout l’acteur le plus cool de l’année dans Once upon a time in… Hollywood. On a été bluffé par bien plus de seconds rôles que par le sien. En truculente avocate aux crocs aiguisés dans Mariage story, un film Netflix, Laura Dern nous a bien fait rire. Son Prix d’interprétation n’est pas outrageux. Il n’était pas non plus nécessaire.

Pour garder une sorte de balance où chaque gros nommé remporterait des miettes techniques, 1917 décroche les effets spéciaux, le mixage son et la photographie, en signe de mea culpa, Jojo Rabbit repart avec la Meilleure adaptation, Scandale avec le maquillage, Les Filles du Docteur March avec les costumes, Le Mans 66 avec le montage son et le montage tout court. Tout cela était très interchangeable à vrai dire. On n’oubliera pas de mentionner la chanson originale pour Rocket Men d’Elton John et Taron Egerton

Disney a arrosé le box-office, il lui fallait donc un Oscar

J'ai perdu mon corps, l'affiche
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Dans toutes ces cases, on se situe dans une bienveillance ronflante qui force l’ennui. Avec l’Oscar du Meilleur film d’animation pour Toy Story 4, on tombe dans la complaisance. Le film animé qui dame le pion au Français J’ai perdu mon corps (sic), était une sempiternelle suite, pas vraiment au niveau pour une compétition, mais il fallait bien offrir un prix de consolation à Disney pour avoir nourri le box-office mondial, avec ses dizaines de milliards de recettes en 2019. Il est vrai que le studio a permis aux exploitants de survivre à la compétition du streaming et des écrans alternatifs. D’ailleurs un fossé gênant se creuse entre l’hégémonie du géant du divertissement et la réalité des récompenses. Aladdin, Le Roi Lion, La Reine des Neiges 2, Captain Marvel, Avengers Endgame, Star Wars épisode 9 démontrent la forte teneur en calories bourratives de ce type de cinéma et son manque de finesse artistique. Les films aux milliards de dollars ne sont pas les plus sollicités par l’académie.

The Lighthouse, affiche France
© 2019 A24 Films

Un problème avec la diversité dans les genres de films sélectionnés

Quant au vrai manque d’audace de cette cuvée 2020, ce n’est pas tant le manque d’ouverture aux films réalisés par les femmes (Les filles du Dr March ne tenait pas la route face à un Joker ou un 1917, désolé), ni au manque d’acteurs afro-américains qui n’ont malheureusement pas eu les rôles marquants cette année, mais bel et bien l’intransigeance de l’académie à ne pas voir le génie d’un Lighthouse, dont la photo, la musique, le montage, et la réalisation impliquaient largement sa présence aux Oscars. Idem pour Midsommar, bafoués tous deux pour n’avoir été que des œuvres du mauvais genre… Car les Oscars, plein de bons sentiments et de bienveillance, ont surtout un problème avec la diversité dans les genres de films sélectionnés. Et en 2020, sans l’intéressante, mais paradoxale, victoire de Parasite, on pourrait dire que l’Académie est restée dans son confort bourgeois de l’entre-soi.

Frédéric Mignard

Parasite version Black & White affiche
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Tous les prix et photos sur le site officiel des Oscars.