Dédié à un temple du porno au format pellicule, Cinéma Beverley le dernier porno de Paris, étonne. Le livre d’Arnaud Chapuy, amoureux devant l’éternel du cinéma en tant que temple de l’image, et de Claude Forest, professeur en études cinématographiques, investit les derniers instants, en photo et rétro, de l’ultime cinéma à caractère pornographique de Paris, le mythique Beverley. Effectivement, du caractère, cet ouvrage n’en manque pas.

Rétro porno

Dans les années 70, le porno battait son plein. Alors qu’érotisme et comédie osée prétendaient à de beaux scores en 1973 (Bananes mécaniques, Prenez la queue comme tout le monde rameutaient les foules), le tournant d’Emmanuelle en 1974 qui approchera les 9 millions de spectateurs à l’issue d’une exploitation en salle sur plus d’une décennie, démontra que plus que jamais la révolution cul-turelle est en marche. Désormais le cinéma de ces dames tombait le bas, les hommes l’affichaient haute et fière, et les salles se remplissaient en curiosités paillardes et sociologiques qui brassaient les publics les plus larges…

La sexualité des Français passée au crible

La valeur du livre Cinéma Beverley le dernier porno de Paris n’est pas celle d’un voyeurisme suranné, mais bel et bien d’une approche historique. Alors que le couperet du X – taxation pour taillader dans la production en faisant en sorte d’exploiter les salles programmant des spectacles sexuellement explicites -, tomba en 1975, l’histoire de la pornographie, qui démarra dans les quartiers populaires, avant d’être récupérée par des majors comme UGC, se développa bon gré mal gré, et se poursuivit encore pendant près de 20 ans.

Des affiches et des titres improbables

Le livre de Claude Forest et Arnaud Chapuy se veut riche en chiffres. Ceux du nombre de salles estampillées établissements spécialisés à travers les âges, donc ceux du Beverley, comme fleuron ultime de ce type de cinéma, abordé aussi via le prisme de ses entrées hebdomadaires, avec les titres improbables des productions qui faisaient son charme discret : Les petits slips se déchaînent, L’infirmière est un bon coup, Les lolos de la pompiste, Les tétines laiteuses de la nourrice, Si mon c… était conté... Promis, Arnaud Chapuy étant un collectionneur d’affiches invétéré, vous bénéficierez de nombreux visuels promotionnels de ces productions improbables, notamment dans la dernière partie de l’ouvrage qui compile les affiches de ces raretés dont seuls les titres sont vraiment restés dans l’histoire.

Les films interdits aux cinéma
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Le combat d’un homme pour la convivialité sexuelle

L’ouvrage historique relate aussi le combat d’un exploitant sur des décennies pour faire palpiter un quartier des pulsions lubriques de ses habitués libertins qu’il nourrira d’images de pellicule et non de vidéo, jusqu’à sa retraite, fin 2018, quand l’âge le contraint à mettre en vente ce haut lieu de mythologie parisienne qui se transformera en résidences AirBnB. Il vendra aux enchères ses bobines et ses affiches après avoir procuré aux habitués vieillissants, pendant des décennies, la convivialité charnelle, alors que, peu à peu, la sexualité retournait au placard.

Le cinéma Beverley le dernier cinéma porno contre toutes les tempêtes

Le cinéma Beverley qui, dans les années 50 s’appelait le Bikini, avait dû combattre les cyclones de la censure étatique, et avait su s’armer contre l’évolution des tendances de la société : l’avènement de la VHS au début des années 80, qui fit entrer le hard dans l’intimité des salons, puis, à partir de 1985, le X mensuel de Canal + qui, même crypté, faisait monter le baromètre en toutes saisons, tous les premiers samedis de chaque mois.

Mais toutes ces nouvelles habitudes n’ont pas eu totalement raison du Beverley, situé dans une rue perpendiculaire des Grands Boulevards, alors voisin de la Cinémathèque et du Grand Rex, de la Maxeville et des Arcades, du Hollywood Boulevard de René Chateau, et autres lieux festifs de la pellicule en tous genres – horreur, kung-fu et cinéma d’auteur… En dehors du Rex et du Max Linder, deux temples au X anobli, toutes les salles disparurent progressivement dans la deuxième moitié des années 80 et même la Cinémathèque, qui avait trouvé refuge dans un ancien cinéma classé X, déménagea du côté de Bercy.

Cinéma Beverley : Le dernier porno de Paris
Copyrights 2019 : Editions L’Harmattan Photo Arnaud Chapuy

Un livre insolite d’images, d’affiches sexy et de textes profus

Avec un vrai talent photographique (l’ouvrage d’une centaine de pages abonde en clichés qui démontrent un vrai amour pour la salle de cinéma dans son architecture), et un sens de la perpétuation historique, consistant à valoriser un cinéma aujourd’hui disparu, la salle dite de quartier, l’ouvrage Cinéma Berveley le dernier porno de Paris, aux éditions de l’Harmattan, est un objet de désir pour les amoureux d’un Paris alternatif, pour les passionnés d’exploitation cinématographique et de vieilles façades précipitées dans l’oubli par nos pratiques 2.0 qui, toutefois, ont permis aussi aux collectionneurs de raviver la flamme autour de cette fréquentation cinématographique d’un autre âge, qui était justement le sujet du film de Jacques Nolot, La chatte à deux têtes, en 2002.

A quand la suite ?

On aimerait maintenant que d’autres ouvrages puissent rendre pareil hommage aux cinémas de quartier désormais tous disparus, pour faire perdurer la flamme d’un 20e siècle de la diversité faite salle, qui a aujourd’hui entièrement disparu avec l’explosion de multiplexes lisses, entièrement dévolus aux saints blockbusters Disney et donc dépourvus de jambon et de cochon. Et ce ne sont pas les algorithmes télévisuels de Netflix qui aideront à donner un coup de fouet aux nouveautés ronflantes de nos vendredis soirs. L’histoire est en marche et il serait dommage de louper celle du Beverley, aux Editions de l’Harmattan. L’ouvrage est incontournable pour ces fêtes de Noël, pour les grandes personnes.

Cinéma Beverley le dernier porno de Paris par Claude Forest et Arnaud Chapuy – Editeur : L’Harmattan

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