Note des lecteurs

Cinéaste discrète et sensible, elle avait signé plusieurs films intimistes inspirés d’une thématique féministe et sociétale.

Moins célébrée qu’Agnès Varda, moins people que Nadine Trintignant, moins populaire que Coline Serreau, moins intellectuelle que Marguerite Duras, Yannick Bellon n’en demeure pas moins une réalisatrice inspirée du cinéma français des années 70 et 80. Révélée par le documentaire Goémons (1948), censuré à l’exportation sous prétexte qu’il donnait une image négative de la région bretonne, elle a ensuite brillé avec des courts-métrages, dont Colette, sur la vie et l’œuvre de l’écrivaine, et Un matin comme les autres, qui réunissait Simone Signoret, Yves Montand, et la comédienne Loleh Bellon, sœur de la réalisatrice. Yannick Bellon a également connu une activité de monteuse en collaborant avec Nicole Vedrès (Paris 1900) et surtout Pierre Kast (La Morte saison des amours). En 1972, elle fonda la société de production Les Films de l’Équinoxe pour donner le jour à son premier long métrage, Quelque part quelqu’un, récit choral sensible révélant « la fragilité de quelques personnages, leur solitude, leur malheur ou leur rire » (Claude Roy). Deux ans plus tard, La Femme de Jean se présentait comme un modèle de film féministe sans sectarisme ni manichéisme, une qualité que l’on retrouva dans L’Amour violé (1978), coproduit par MK2, œuvre percutante sur le thème du viol.  Mais le plus beau film de cette période reste Jamais plus toujours (1976), avec Bulle Ogier dans le rôle d’une femme hantée par un deuil. Malheureusement, les films de Yannick Bellon peinaient à toucher un vaste public, ce que les années 80 devaient hélas confirmer, d’autant plus que la réalisatrice fut moins défendue par la critique. Il faut pourtant redécouvrir ces œuvres subtiles que sont L’Amour nu (1981), drame médical porté par le jeu étonnant de Marlène Jobert ; La Triche (1984), troublant thriller psychologique sur fond d’homosexualité, interprété par Victor Lanoux et Xavier Deluc ; et Les Enfants du désordre (1989), où Emmanuelle Béart (dans l’un de ses meilleurs rôles) jouait une toxicomane cherchant à se réinsérer par le biais d’une troupe théâtrale. Après l’échec de L’Affut (1992), Yannick Bellon se consacra essentiellement à la télévision. La réalisatrice nous a quittés à l’âge de 95 ans.

Une intégrale de son oeuvre cinématographique est disponible en coffret vidéo, chez Doriane Films depuis janvier.

Jaquette Coffret vidéo Doriane Films
Crédits Doriane Films